Voici quelques coups de coeur au fil des derniers mois:

Jean-Louis Grosmaire, Acadissima, roman, Ottawa,
Presses de l’Université d’Ottawa, 2021, 370 pages, 29,95 $.
Plusieurs écrivains ont décrit la contribution des soldats canadiens au front durant la Première Guerre mondiale. Le rôle des soldats-bûcherons, lui, demeure passablement méconnu. Jean-Louis Grosmaire jette un savant éclairage sur cette réalité dans son tout dernier roman intitulé Acadissima.
L’armée canadienne a eu un Corps forestier, composé en partie par le 165e bataillon d’infanterie. Il s’agissait d’un bataillon acadien sous l’autorité du lieutenant-colonel Louis Cyriaque D’Aigle. Grosmaire
a effectué une recherche minutieuse et rigoureuse pour faire de
ce bataillon la toile de fond d’un roman dont le protagoniste est
un jeune Acadien de 18 ans. Jean-Baptiste Beausoleil est un simple manouvrier et aide-pêcheur devenu bûcheron.
L’action se déroule d’abord à Fond-des-Brisants et à Piligan, deux endroits fictifs qui représentent l’Acadie, là où la terre et la mer se marient, là où le dur labeur des pêcheurs sur les flots côtoie celui des paysans sur leurs terres. Ce milieu permet à Jean-Baptiste de découvrir que « la vie est comme la mer, un jour douce, toute claire, puis tourmentée, hérissée de vagues sauvages, flots en fracas et puis calme et
en paix ».
Grosmaire décrit avec brio comment un village ressemble à une famille qui constamment s’observe, se jauge, se juge et se dénigre. Jean-Baptiste ressort comme le fils que tout le monde aimerait avoir.
Le 28 juin 1916, il s’enrôle « pour la France et l’Acadie », pour le combat au front.
Le roman, vous vous en doutez bien, renferme une histoire d’amour. Juste avant de partir pour Val Cartier, le jeune soldat revoit une amie d’enfance et c’est le coup de foudre. Il doit quitter non seulement les rivages de son Acadie natale, mais également sa bien-aimée Angelaine Kirouac… qui a dès lors « le cœur à marée basse ». Sans dévoiler un rebondissement magistral dans l’intrigue de ce roman finement ciselé, je peux vous dire que le retour
de Jean-Baptiste se fera « tout feu tout flammes ».
Les fréquentations entre Jean-Baptiste et Angelaine se font par correspondance. Homme de la mer, de la campagne, des bois
et des pâturages, le jeune soldat croit qu’il n’a pas d’instruction et
qu’il n’est pas doué pour exprimer les mots du cœur. Or, ces lettres sont empreintes d’intelligence et de tendresse. Jean-Louis Grosmaire excelle dans l’art de décrire les émotions et les sentiments qu’un jeune homme a tendance à taire. On sent Jean-Baptiste prendre
de l’assurance, de l’expérience, de la maturité.
Jean-Baptiste arrive en Franche-Comté le 29 mai 1917. Il a été
formé pour combattre l’ennemi, mais c’est contre de nobles arbres qu’il doit se mesurer. La France est en guerre et les livraisons de bois donnent lieu à une cadence vorace qui créé une « hécatombe des seigneurs de la forêt ».
À certains moments, je me suis demandé s’il était nécessaire d’accorder autant de chapitres au travail du Corps forestier canadien. Peut-être est-ce parce qu’il a regroupé jusqu’à 12 000 hommes en France et 10 000 en Grande-Bretagne – fait carrément inconnu –, que le romancier a cru nécessaire de fournir de nombreuses pages hautement descriptives du travail
des soldats-bûcherons.
Le roman a le mérite d’illustrer comment l’homme aime jouer à
être un homme lorsqu’il est dans un groupe. Mais une fois dans
la solitude, il entend le fond de son âme, « comme un puits 
rempli de questions et de doute ». Grosmaire fait dire à un de
ses personnages : « C’était pas la route qui était longue, c’était
de trouver le chemin en dedans. »
Il fait aussi dire à un médecin de campagne qu’on rassemble
des livres dans sa bibliothèque comme on réunit des amis dans
un salon : « On aime discuter avec eux, on écoute leur voix
la plus intime, celle qui n’a même pas besoin d’être parlée.
Celle qui nous touche. Le lecteur, c’est le confident. » Voilà le plus grand mérite d’Acadissima.
Sandrine Beau, Le jour où je suis mort, et les suivants, roman, Bruxelles, Alice Éditions, 2020, 168 pages, 22,95 $.
« Je m’appelle Esteban. De mes onze ans à mes quinze ans, j’ai été violé. »
« Saphir s’était brutalement réveillé. Une main était plongée dans son boxer. »
Biscotte se demande s’il n’est pas un peu responsable de ce qui lui arrive. « Ou complètement responsable ? C’est ma faute si c’est arrivé ? »
Lenny avait honte de ce que Gilbert lui faisait. « Il était tellement adorable. Tellement au-dessus de tout soupçon. Et pourtant, chaque semaine, il me violait... Deux fois par semaine. »
Dans Le jour où je suis mort, et les suivants, roman dont l’action se déroule en France, Sandrine Beau décrit la vie infernale de ces quatre jeunes garçons, chacun en prise avec un mal-être qu’ils tentent tant bien que mal de dire ou au contraire de cacher.
Victimes de violences sexuelles, les quatre jeunes extériorisent
ce mal commun différemment, mais on en mesure toute l’ampleur
et toutes les conséquences en s’immergeant dans le quotidien et l’intimité de Saphir, Biscotte, Esteban et Lenny.
Saphir n’arrive pas à dire à voix haute « il me touche, il fait
des choses qu’il ne devrait pas faire. » Mais pourquoi ne dit-il
rien ? La réponse est poignante : « le dégoût, la honte, pas envie que ça se sache ». L’autrice explique avec brio cette « peur qu’ils devinent », sous-jacente chez chaque jeune victime.
Lenny aime bien Gilbert car il est drôle et gentil. Gilbert s’intéresse
à lui, comme s’il était une personne aussi importante qu’un adulte. Mais voilà que Gilbert s’arrange pour glisser quelque chose dans
la poche arrière du jean de Lenny… et de caresser le petit cul.
Gilbert offre des cadeaux prisés (jeux vidéo, console, téléphone intelligent), l’invite sur son bateau pour une fin de semaine et partage son lit pour avoir « droit à un petit cadeau quand même ».
Lenny a honte de ce que le porc lui fait. Il en veut à ses parents qui ne voient rien. Gilbert le rassure : « C’est notre petit secret. Si tu parles, ta mère va mourir de tristesse. Avoir un fils homo, c’est dur pour une maman… Tu sais, on est pareils, toi et moi. »
Lenny ne croit que le porc et lui sont pareils. Mais les mots de Gilbert le font douter, le font vaciller, scellent ses lèvres pour toujours. « J’ai très vite compris que ça continuerait, sans jamais s’arrêter, et que je mourrais avec mon secret. »
Esteban voit une toile se tisser autour de lui par le monstre qui, lui, « prenait l’apéro en racontant des blagues à ses parents, juste après l’avoir violé ». Il s’imagine qu’on va penser qu’il a aimé ça puisqu’il n’a rien dit pendant toutes ses années.
Sandrine Beau lève le voile sur cette peur d’être catalogué comme homosexuel. Être choisi par un prédateur veut-il dire qu’on est soi-même attiré par les hommes…? Esteban reste silencieux à cause de la honte qu’il ressent et du sentiment de culpabilité qui l’habite. « Un criminel pouvait continuer à vivre sa vie, comme si de rien n’était, pendant que sa victime avait la sienne détruite pour toujours. »
Biscotte est violé par de jeunes fiers à bras. Il a peur de vivre
avec son secret. « Tout le temps ce même film dégueulasse dans
la tête. » Biscotte se dit qu’il n’est plus un vrai mec puisque « ça m’est arrivé à moi ». Il ne croyait pas que cela pouvait se passer entre garçons, mais la réalité lui prouve le contraire.
Publié à Bruxelles, cet ouvrage inclut une série de contacts en France, en Belgique et au Canada, susceptibles de venir en aide aux jeunes victimes de violences sexuelles.
Nick Christie, Darkroom (Gay Erotic Fiction), roman, ©2020 a Guy called Nick, Amazon Kindle, 412 pages,
24 $.
L’annonce de ce roman est précédée de « Not for the easily offended. Strong BDSM ». Nick Christie n’en est pas à son premier roman homoérotique pur et dur. Dans son tout dernier, l’auteur demande à ses lecteurs s’ils sont assez braves pour se vautrer dans Darkroom, le réputé disco-bar gay de Londres, la Mecque du cuir, l’ultime lieu pour les hommes désireux d’assouvir leurs désirs extrêmes. Ce club sélect du « leather fetish » est dirigé par Dean qui se remet de la perte de son partenaire James, deux ans plus tôt. Sa vie est sur le point de prendre un nouveau virage.
Darkroom regorge de serveurs, danseurs gogo et clients bardés
de cuir, de la tête aux pieds. Attendez-vous a de savoureuses descriptions de fesses et entrejambes toujours proéminentes et bien moulées, car Darkroom est le pinacle de la virilité. Une entrée par effraction, après les heures tardives d’ouverture, amène le sergent détective Darren Winter à visiter l’endroit. Homosexuel dans le placard, il cache un fétiche pour le cuir depuis son adolescence.
Sa libido secrète est évidemment attisée par ce qu’il découvre.
Est-il prêt à sortir de la noirceur du placard pour pénétrer dans celle du Darkroom…? 
L’odeur du cuir, de la sueur mâle et du cul poussent les clients
du Darkroom au summum de leur prouesse. « Fuck, you are so fucking filthy. I thought I was the only one who loved doing this, Darren grinned. » Les mots leather, fuck, cock et cum sont évidemment ceux qui reviennent le plus souvent dans les 400 pages de ce roman. Mais il y a plus que du sexe quasi bestial.
Nick Christie tisse une intrigue amoureuse et excelle dans l’art
de camper ses deux principaux personnages dans des situations
qui vont bien au-delà de la couchette aussi virile qu’elle soit.
Les parents de Darren sont tous deux atteints de la maladie d’Alzheimer et placés dans une maison de soins de longue durée. La scène où Darren fait son coming out auprès de sa mère et lui présente Dean est de loin la plus touchante de ce roman qui allie virilité et tendresse avec brio.
On entend souvent dire que les hommes aiment moins la lecture que les femmes. Rien de plus faux. Encore faut-il leur offrir des textes qui ont une résonnance. Les homosexuels qui ont un fétiche ou une fantaisie pour le cuir sont admirablement servis par Nick Christie.
Il est dommage que ce genre d'ouvrage ne puisse pas trouver preneur dans le monde de l'édition de langue française au Canada.

Adrian McKinty, La Chaîne, thriller traduit de l’anglais par Pierre Reignier, Paris, Éditions Mazarine, 2020,
400 pages, 34,95 $.
Paramount Pictures a déjà acheté les droits pour tourner un film basé sur le thriller La Chaîne, d’Adrian McKinty. L’as américain du polar Don Winslow affirme que ce roman n’est rien de moins que Les Dents de la mer pour les parents.
Le téléphone sonne. Un inconnu a kidnappé votre enfant. Pour qu’il soit libéré, vous devez enlever l’enfant de quelqu’un d’autre. Votre enfant sera relâché quand les parents de votre victime auront à leur tour enlevé un enfant. Si un maillon de La Chaîne manque, votre enfant sera tué.
Nous suivons le cas de Rachel, femme divorcée, dont la fille de
13 ans a été enlevée à un arrêt d’autobus. La mère, qui lutte déjà
contre un cancer, doit devenir un monstre et enlever un enfant,
car « nul maillon de La Chaîne n’a le pouvoir, ni même la volonté, de résister ». Rachela l’impression d’être tombée sous l’emprise d’une secte.
L’action de la première moitié du roman se déroule du jeudi au lundi, heure par heure. Adrian McKinty pimente son intrigue de soubresauts cauchemardesques et démontre comment un système peut torturer une personne et la rendre complice de la torture d’une autre personne.
La Chaine est une machine à kidnapper, à extorquer et à terroriser. Les victimes, qui se comptent par centaines, sont tellement reconnaissantes et soulagées quand leur enfant est libéré. Terrifiées
aussi. La peur des représailles et les actes brutaux sanglants suffisent à contraindre la quasi-totalité de ces gens à se murer
dans le silence.
Rachel fera exception à cette règle. C’est la seconde moitié du roman. « Quand est-ce que ça va s’arrêter ? murmure-t-elle
dans l’obscurité. L’obscurité reste sur son quant-à-soi. » La Chaîne sait que Rachel pense pouvoir déjouer le système. Elle est avertie sévèrement de rentrer dans les rangs, ce qui ne l’empêche pas
« de se Lady-Macbethiser ».
« Les humains, écrit McKinty, sont autant des prédateurs que
des proies. » Et comme La Chaîne est composée d’êtres humains, Rachel se dit qu’elle est faillible, vulnérable comme nous tous.
Il faut trouver le cœur humain qui est en son centre et le broyer. Facile à dire, difficile à faire. Cela implique de « partir en chasse dans l’antre du monstre ».
La chaîne de télévision britannique ITV a mené une expérience auprès d’une dizaine de mères et de leur enfant laissé sans surveillance. Le résultat a été sans appel : sur neuf enfants âgés
de 5 à 11 ans, sept ont suivi un homme dans un laps de temps compris entre 33 secondes et 3 minutes.
Il s’agissait d’une expérience contrôlée, bien entendu. N’empêche qu’Adrian McKinty a raison lorsqu’il écrit : « Tant que vous n’avez pas vu quelque chose ou quelqu’un mettre votre enfant en danger, vous n’avez pas connu la peur. »
Loin de moi l’idée de dévoiler le dénouement de ce thriller terrifiant par moments. Qu’il suffise de dire que la mort doit parfois lutter contre des forces chamaniques intenses et hostiles…


Samuel Champagne, Antonin, roman, Boucherville, Éditons de Mortagne, coll. Kaléidoscope, 2019, 408 pages, 16,95 $.
Samuel Champagne, 35 ans, est transsexuel et homosexuel.
Il est préoccupé par l’absence de littérature où lui et ses pairs, particulièrement à l’adolescence, peuvent se reconnaître. Ce vide
le stimule dans son écriture et sa recherche; sa thèse de doctorat porte sur la thématique du placard en littérature. 
Champagne a publié trois romans avec des thématiques LGBTQ+
en trame de fond; chacun met en scène un adolescent fréquentant le secondaire ou le cégep. Le plus récent de ces romans s’intitule Antonin (après Adam et James, tous aux Éditions de Mortagne).
À la veille de ses 6 ans, Antonin est abandonné par sa mère, puis battu par son père qui déguerpit aussi. Il est adopté par des parents affectueux qui ont déjà un fils plus jeune et sourd. Antonin est
le narrateur du roman et a 17 ans. Doué en dessin, il a un coup
de foudre lorsque William vient poser dans un cours de portrait d’un nu.
Les deux garçons se rencontrent. « Il me veut, moi. Je lui plais,
moi. Mais je vais le décevoir, c’est sûr », se dit Antonin qui a peur de tout. William ne sait rien des familles de son nouvel ami,
la biologique et l’adoptive. Antonin refuse d’en parler par peur qu’on cherche la tare.
Au sujet de sa mère biologique, l’adolescent se demande constamment ce qu’il a bien pu faire pour qu’elle ait arrêté de l’aimer. Il voudrait savoir pourquoi elle est partie. Et maintenant, Antonin souhaite que William lui dise qu’il ne va pas le laisser.
Il a aussi l’impression d’être en train de perdre ses amis d’école
qui lui reprochent de s’enfermer, de s’isoler.
Samuel Champagne excelle dans l’art de montrer comment un ado peut être persuadé de ne pas pouvoir jouir et d’une famille et d’un amant différent de la norme. Il décrit à merveille comme Antonin imagine que ses parents et son frère vont se sentir trahis s’il leur
dit ne pas être heureux comme ils le croient, s’il avoue qu’il est vraiment différent. L’auteur montre comment William tente
par tous les moyens de faire comprendre à son chum qu’il ne peut pas continuer à vivre comme ça.
Avec ce roman, Samuel Champagne aborde de plein fouet
la question du trouble de stress post-traumatique. On assiste à
des cauchemars, à des flashbacks de culpabilité, à des moments douloureux de dépression, d’anxiété, de faible estime de soi,
à des sentiments de peur constante, de culpabilité, d’hypervigilance et d’isolement. Cela conduit à une tentative de suicide.
Antonin avale plein de pilules avec des rasades de vodka.
Il s’effondre, une ambulance le conduit à l’hôpital. Lorsqu’il reprend connaissance, il constate à quel point il a tout gâché, blessé tout
le monde. « Je suis encore dans le même bateau, coincé entre qui
je suis et qui ils croient tous que je suis. Pire ! Maintenant, ils savent qu’il y a quelque chose qui cloche… »
L’adolescent sera suivi par un psy et parviendra à faire ce qu’on
lui demande : remplacer les mauvais souvenirs par des bons.
« Le problème, c’est que les souvenirs difficiles sont gros et lourds, et les joyeux, petits et légers. Il m’en faudra plusieurs pour cacher un seul mauvais souvenir. »
Samuel Champagne construit son intrigue un peu comme un polar. Son personnage met du temps à découvrir les indices, à reconnaître qu’il a le droit d’être aimé pour tout ce qu’il est. « Je suis le passé et je suis le présent et je suis le futur. »
Comme Antonin est un artiste, l’auteur fait vibrer cette corde
avec brio. « Je me suis sculpté en forme de tout ce que les autres voulaient. J’ai tenté de me forcer à adopter telle ou telle identité, pour leur plaire. Mais ma sculpture, elle a reçu trop de coups,
elle est tombée. Et je me suis fracassé en mille morceaux.
C’est à moi de choisir quels morceaux ramasser pour me reconstruire. »
Antonin choisit de révéler sa vraie identité, sa vraie orientation, d’abord à son frère, puis à son meilleur ami, enfin à ses parents.
« – Ils savent tout. – Comment tu te sens ? – Vivant… »
Collectif, Poèmes de la résistance,  sous la direction d'Andrée Lacelle, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2019, 110 pages.
Trente-sept poètes unissent leurs voix dans Poèmes de la résistance pour dénoncer « les coupes cinglantes du gouvernement Ford
et son indifférence inqualifiable face à la réalité franco-ontarienne ». Ils et elles ont répondu à l’appel d’Andrée Lacelle, jusqu’à tout récemment poète lauréate de la Ville d’Ottawa.
Dans l’introduction intitulée Dire la lumière de notre colère, Andrée Lacelle écrit que « le poème, c’est l’acte d’être au monde à part entière, au plus intime de notre vie comme au sein de notre collectivité ». Puis elle ajoute que « toute poésie est résistance
et maîtresse des lieux, car elle occupe la langue et le langage. (…) Lucide, le poème cherche à dire l’histoire de nos histoires. »
Jean Marc Dalpé ouvre la marche de cette résistance dans la première partie du recueil intitulée Cohésion en rappelant que c’est loin d’être la première fois : déportation des Acadiens, soulèvement
des Métis, crise scolaire de Sturgeon Falls, SOS Montfort. « Mais nous sommes toujours là / Aux aguets et en beau joualvère / Le Verbe effilé et l’œil vif ».
Un jeune poète, François Baril Pelletier, enchaîne pour dire que nous sommes 600 000 en marche et non en agonie ou en effritement. « Nous résistons en corps / ni la tempête ni le tremblement ne nous effraient (…) / Nous sommes levés vivants ».
Dans la deuxième partie, Sentiment, Blaise Ndala n’appelle à son secours « ni Champlain ni le champagne / ni la Vierge ni le Viagra / ma fierté est une sainte putain / qui sucera jusqu’à plus soif /
le fleuve boueux de ton mépris ».
La section suivante, Matériaux, donne la parole à Éric Charlebois, entre autres, qui devient le président du Regroupement des électriciens poètes de l’Ontario francophone et francophile,
le REPOFF. « Je suis l’ohm de la situation / l’ohmbudsman /
de la résistance électrique / et du bilinguisme en conduction ».
Sylvie Bérard souligne que les parcours de notre langue sont multiples de la 401 à la 117 à la 108. « Entre Belleville et Sault-Sainte-Marie / entre Rivière-des-Français et Chenail Écarté /
Les lieux-dits espoirs zigzaguent entre les / défenses quand ils essaient de parler / des sens tenaces / Je ne réside pas dans
le passé mais dans l’espace ».
Pierre Raphaël Pelletier ouvre la section Tenir tête, ouvre les voies d’un impérissable avenir, même au milieu des aliénations perpétrées par les autorités au pouvoir : « Nous nous insurgeons / Nous crions notre colère incendiaire / Nous refusons de nous soumettre / à ces tyrans qui veulent à la fois / posséder la planète / et assassiner nos libertés ».
Pour Hédi Bouraoui, ce n’est pas Que la lumière soit, mais que
la résistance soit ! Il faut à tout prix « Résister au Bull-Ford nous privant de notre langue / Et l’envoyer paître dans les orties des harangues ! »
La dernière section, Temps, permet notamment à David Ménard de parsemer son poème de jalons historiques et de clamer haut et fort une suite qui se laissait déjà présager : « vaincre un petit petit homme qui se prend pour un roi… / monnaie courante pour nous, habitants blancs, verts / et de toutes les couleurs ».
Le mot de la fin revient à Andrée Lacelle qui rappelle que la langue est une vigie, une bouée, une boussole, que la poésie s’évertue non seulement à rayonner mais à nous rassembler : « Déjouons novembre noir / Place à la lumière / Vive ».
Le collectif de Poèmes de la résistance comprend Angèle Bassolé, Sylvie Bérard, Jean Boisjoli, Hédi Bouraoui, Frédérique Champagne, Nicole V. Champeau, André Charlebois, Éric Charlebois, Tina Charlebois, Margaret Michèle Cook, Antoine Côté Legault, Sonia-Sophie Courdeau, Jean Marc Dalpé, Thierry Dimanche, Daniel Groleau Landry, Brigitte Haentjens, Andrée Lacelle, Gilles Lacombe, Chloé LaDuchesse, Clara Lagacé, Gilles Latour, Louis Patrick Leroux, David Ménard, Blaise Ndala, Gabriel Osson, Michel Ouellette, Catherine Parayre, François B. Pelletier, Pierre Raphaël Pelletier, Stefan Psenak, Pierrot Ross-Tremblay, Paul Ruban, Paul Savoie, Elsie Suréna, Véronique Sylvain, Michel Thérien et Lélia Young.
J’espère que ce recueil sera admissible au Prix littéraire Trillium même si certains collaborateurs résident au Québec. Il mérite aussi le Prix du Gouverneur général.


Frédérick Durand, Dans les pas d’une poupée suspendue, roman, Montréal, Éditions Tête première, coll. Tête ailleurs, 2021, 272 pages, 25,95 $.
Quand l’attrait de l’interdit s’ajoute à la révélation d’écrits transgressifs, il n’y a qu’un pas pour plonger dans un univers psycho-érotico-satanique. C’est ce à quoi nous convie Frédérick Durand en signant le roman intitulé Dans les pas d’une poupée suspendue.
Robert Vallet, personnage principal, est décrit comme un jeune homme bizarre, plutôt laid, maladroit auprès des femmes et ayant un goût pour les vieilles BD. « Il aurait fallu que quelque chose survienne pour changer sa morne routine. » Cela ne tarde pas à
se produire.
Robert a un oncle qui « dissimule sa perversité sous des allures bonasses pour endormir sa vigilance ». Dès que Robert met
les pieds dans la chambre de son oncle Hervé, il a l’impression d’entrer dans un monde parallèle où règnent l’anarchie et 
la sorcellerie. Il se sent entouré d’êtres émergeant des abîmes ou
de décors lugubres.
L’oncle gagne une importante somme à la loterie et se réfugie
loin des siens dans une maison où les têtes de démons sculptées rendent « une expression de rouerie, de méchanceté et de perversité ». La maison est décorée de façon à lui donner une charge surnaturelle. « Partout, des artéfacts lugubres, malsains ou perturbants l’attendaient. »
À la mort de l’oncle, c’est le neveu Robert qui, contre toute attente, hérite de la maison et d’une certaine fortune. Son statut d’héritier
le place au-dessus des conventions et des obligations. Ainsi commence le premier jour du reste de sa vie.
Un membre de la famille, choqué de ne pas avoir été couché sur
le testament, décrit Robert comme « un imbécile dégénéré et irrécupérable, un moins que rien pathétique qui aurait dû se suicider au lieu de polluer le monde ».
L’atmosphère, la décoration de la maison, le souvenir d’un oncle excentrique, tout s’additionne pour tisser une toile « dans laquelle la raison s’engluait et cédait le pas aux fantasmagories ». L’oncle lui aurait-il légué plus qu’une maison hantée, lui aurait-il aussi transmis sa folie…?
L’auteur excelle dans l’art de créer des lieux et des situations propices aux déchaînements de l’imagination. Les actes violents
se combinent à une frénésie aphrodisiaque; « tout, ici, ramène à
la combinaison de ces deux pulsions ». Mais attention, il faut toujours faire la part entre la réalité et le rêve ou le « songe compensatoire ».
Voici un exemple des descriptions concoctées par Frédérick Durand : « Une grande silhouette vêtue de blanc se tenait devant lui. Une silhouette sans tête qui s’avançait dans sa direction. Vallet recula et faillit tomber, puis il se détendit. C’était une robe de mariée accrochée à une poutre. La trappe l’avait fait bouger en basculant. Quand même, l’effet produit avait été saisissant. »
Ou encore : « C’était un miroir sur pied, l’une de ces grandes glaces placées dans
un châssis mobile qu’on appelle "psyché". L’héritier regarda le cadre dans lequel s’enchâssait la glace. En bois d’acajou ornementé,
il représentait des gargouilles, des démons, des visages grimaçants, des tridents et des symboles ésotériques. »
Frédérick Durand écrit que la mort nous attend. « Elle est impatiente de recevoir son dû. » Elle rode partout dans ce roman
et laisse des odeurs troubles. Parlant d’odeurs, quand un homme sent mauvais, une sorcière dit que ça doit être son âme.
Bienvenue à la plume unique de Frédérick Durand !
Guillaume Musso, Skidamarink, roman, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2020, 448 pages, 29,95 $.
Dix-sept romans ont permis à Guillaume Musso de conquérir
des dizaines de millions de lecteurs à travers le monde.
Son premier roman, Skidamarink (2001), était jusqu’à tout récemment introuvable. Calmann-Lévy vient de le rééditer,
ce sera certainement un de mes coups de cœur en 2020.
Auteur le plus lu en France pour la dixième année consécutive, Guillaume Musso signe ici un roman engagé, militant même,
« un Da Vinci Code avant l’heure », selon Le Figaro littéraire. Dan Brown a publié son célèbre roman en 2003, donc deux ans après Skidamarink. Il ne l’avait sans doute pas lu, mais Musso lui a damé le pion en termes d’énigme et de codes.
Alors que le vol de La Joconde fait la une de tous les journaux, quatre personnes qui ne se connaissent pas reçoivent un fragment découpé du célèbre tableau de Léonard de Vinci, accompagné
d’un mystérieux rendez-vous dans une chapelle de Toscane.
Une citation est jointe à chaque fragment.
Les quatre personnes sont un chercheur en biologie d’origine russe, un ancien avocat d’origine française, une directrice de ventes d’origine américaine et un jeune prêtre d’origine italienne. Ils ne se connaissent pas, mais n’ont pas le choix de résoudre ensemble une énigme guet-apens. Dès lors, leur vie prend un tournant dangereux, exaltant et sans retour.
L’action se déroule tour à tour en Toscane, en Irlande, à New York et en Islande. Le narrateur est l’ancien avocat. Les quatre citations proviennent de Victor Hugo, de John Donne, de Rabelais et d’Alexis de Tocqueville. Elles font respectivement allusion au libéralisme économique, à l’individualisme, à la science et à la démocratie.
Guillaume Musso excelle dans l’art de camper des personnages complexes et de tisser des rebondissements compliqués. Ce n’est pas parce que les quatre protagonistes se rencontrent dans une chapelle qu’ils sont en odeur de sainteté, y compris le prêtre, bien au contraire. Sans révéler les tenants et aboutissants de l’intrigue, je dois dire que ces trois hommes et une femme échappent parfois
à la mort dans des conditions « arrangées avec le gars des vues ».
Je signale, en passant, qu’il se boit beaucoup d’alcool dans ce roman. Le vin est décrit comme « une boisson pour l’âme : équilibrée, charnue, moelleuse et veloutée ». Quand le jeune prêtre sert son vin de messe personnel, comme il aime à le dire, c’est un chianti classico de 1988. À Noël, le chercheur en biologie reçoit trois bouteilles de château-margaux ayant appartenu à Conon Doyle, rien de moins.
Si les quatre protagonistes ne se connaissaient pas avant d’être convoqués à un mystérieux rendez-vous, les gens derrière cette diabolique manipulation connaissaient, eux, des événements qu’aucun des quatre n’avait jamais ébruités. Qui plus est, ils ont tous eu une relation avec la même femme à des époques différentes.
L’auteur montre comment un meurtre peut créer un lien indestructible, voire rendre des gens solidaires. Il fait remarquer que le chiffre 4 n’est que « le signe de la potentialité et de l’expectative, avant que ne s’opère la manifestation, qui vient avec
le 5, notre cinquième élément, notre cinquième sens ».
Skidamarink demeure, en définitive, une quête de la vérité qui force trois hommes et une femme à remonter loin, du côté des déchirures mal cicatrisées qui structuraient leurs vies.

Nicole V. Champeau, Niagara… la voie qui y mène, essai, Ottawa, Éditions David, hors collection, 2020, 440 pages, 29,95 $.
Dans un essai envoûtant intitulé Niagara… la voie qui y mène, Nicole V. Champeau reconstruit l’histoire et la géographie de cet endroit mythique qui, avant d’être la destination touristique qu’on connaît, fut un haut lieu sacré pour les Premières Nations et une cathédrale vivante du patrimoine français.
Les lieux ont porté l’empreinte des Nations Neutres, puis des Iroquois. Il y a 117 variations du toponyme Niagara, qui vont d’Onigara à Saut di Niagara en passant par Ungiara, Yaugree, Nyahgaah, Ny’-Euch-Gau et T-Gah-Sgoh’-So-Wa-Nah, pour
n’en nommer que quelques-uns. Chacune évoque une dimension de sacré, de mystère ou de puissance.
L’auteure note que les Français nous ont laissé de magnifiques cartes, des comptes rendus, des relations, des mémoires de guerre, des précieuses indications et, plus encore, un ferment d’humanité. Louis Hennepin parle d’une « prodigieuse cascade […] un abyme [qu’on n’ose] regarder qu’en frémissant ». Cavelier de la Salle écrit que « les eaux escument et bouillonnent d’une manière affreuse ».
Nicole V. Champeau continue en citant intégralement des noms bien connus comme le baron de Lahontan, Xavier de Charlevoix, Chateaubriand et Alexis de Tocqueville. Chacun nous donne rendez-vous dans l’abrupt. Tous nous disent « que moult possibles y sont et que, d’une certaine manière, ils continuent de déjouer
les oracles ».
Un chapitre complet est consacré au Fort Niagara et à son commandant Pierre Pouchot. Il entretenait d’excellentes relations avec les Amérindiens et, ce qui est moins connu, était homme de théâtre à ses heures. Il présentait des pièces pour divertir les soldats mobilisés au Fort Niagara. En 1757, il a écrit et fait jouer Le Vieillard dupé, première création dramatique en terre ontarienne. C’est donc un homme du Niagara qui porte le titre de premier dramaturge franco-ontarien.
Les Anglais ont souvent supplanté les toponymes français qui,
eux, avaient parfois effacé les toponymes amérindiens. Dans les années 1820 et jusqu’à la fin du XIXe siècle, le Niagara a éveillé
la convoitise, devenant dès lors objet de spéculations immobilière
et commerciale. Certains rêvent d’en faire une propriété privée, rien de moins! Puis, au nom de l’hydroélectricité, d’autres proposent
de faire disparaître les chutes sous un super barrage.
D’un côté, les industriels clament vouloir « mettre au service
du bien commun le magnifique cadeau fait par le Créateur ».
De l’autre côté, artistes, visionnaires et amants de la nature claironnent que « le Niagara n’appartenait ni aux Canadiens,
ni aux Américains, mais à l’humanité tout entière ». En mars 1906, la International Waterways Commission en arrive à un compromis : la génératrice d’hydro-électricité Sir Adam Beck No. 1 (1917) et
No. 2 (1954).
Nicole V. Champeau dose son récit de données tour à tour historiques, technologiques et poétiques. Elle cite le président de l’International Niagara Falls Commission, Lord Kelvin qui souhaitait que les enfants de nos enfants ne voient jamais la cataracte du Niagara. Puis elle évoque comment « explorateurs et pèlerins partis ensemble [sont] réunis depuis un lieu pareil à un incompréhensible infini ».
La poète-essayiste a revisité Niagara en 2016, ce qui l’amène
à conclure son ouvrage en ces termes : « Niagara, obstinément, inlassablement, nous rappelait que tout passe. / Niagara, chaos lumineux, à la fois symbole et plaidoyer. / La beauté parfois fait mal. / Niagara se présentait encore
et plus que jamais en récit de voyage. / Niagara / L’ailleurs et
le meilleur d’ici. / Lacryma mortis. »
Marie-Christine Chartier, Le sommeil des loutres, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2020, 200 pages, 21,95 $.
Les relations sont généralement plus compliquées qu’on peut se l’imaginer au départ. Voilà, en bref, le thème du tout nouveau roman
de Marie-Christine Chartier, Le sommeil des loutres. On y découvre que « les cages faites à même nos bras laissent toujours des trous assez grands pour que l’autre s’y glisse ».
Ce roman à deux voix met en scène Jake, célèbre acteur de 21 ans « au futur incertain, qui traîne derrière lui une liste de mauvaises décisions », et Émilie, étudiante de 18 ans, perçue par Jake « comme une bouffée d’air frais dans mon univers d’asphyxié ».
Jake a toujours aimé jouer des rôles à la télé ou au cinéma. Ironiquement, en cours de route, il a oublié qui il était. Depuis la mort de son frère, l’état de base de Jake est la tristesse; tout ce qui s’élève au-dessus de ça demeure un bonus. Pour le moment, sa devise pourrait être « La vie s’occupe de nous mettre dans la marde, qu’on le veuille ou pas. »
En apparence, Émilie et Jake n’ont rien en commun, sauf leurs blessures béantes au cœur et leur travail à la pizzéria du coin.
Et pourtant, au fil de leurs soirées de placotage, une relation précieuse se tissera entre eux, empreinte de l’espoir que l’aube revient toujours, même après la plus sombre des nuits.
Jake est beau physiquement, mais ce sont ses mots qui résonnent dans la tête d’Émilie. « L’intelligence m’a toujours attirée autant que la beauté, et ça adonne que Jake possède les deux. » Ce dernier aime être la raison derrière les éclats de rire d’Émilie.
Le style de Marie-Christine Chartier est coloré et finement ciselé. À titre d’exemple, elle fait dire à Jake « c’est comme si j’étais une vigne et qu’Émilie était le tuteur autour duquel je m’étais enroulé pour grandir ». Ça lui permet de s’ancrer, de ne plus s’égarer.
La romancière excelle dans l’art de démontrer comment le regard de quelqu’un peut suspendre le temps, et d’illustrer comment une des beautés dans l’amitié consiste à deviner certaines choses tout seul, toute seule. Elle fait dire à Émilie : « il sait qui je suis et je sais qui il est, et il n’y a pas de place pour de l’adulation entre nous. C’est ce qui se passe quand on comprend que l’autre est tout aussi imparfait que nous. »
Le sommeil des loutres est un roman où nous savourons à quel point c’est une chance d’avoir des humains de qualité dans notre vie. L’amour de l’autre est sublime dans une relation, mais lui faire confiance demeure un choix que nous renouvelons chaque jour.


Frédéric Martel, Sodoma, enquête au cœur du Vatican, essai, Paris, Éditions Robert Laffont, 2019, 632 pages.
Il est impossible de chiffrer le nombre exact d’homosexuels
au Vatican parce qu’ils ont diverses teintes, « cinquante nuances
de gay », écrit Frédéric Martel, sociologue, journaliste et auteur
de Sodoma - Enquête au cœur du Vatican.
Le terme « homosexuel » comprend, ici, des pratiquants gays,
des inclinations homophiles, des gens dans le placard, des versatiles et des « questioning ». Selon Martel, « ils représentent la grande majorité » du personnel, au point où cela « dépasse l’entendement ». Toutes tendances confondues, ce serait autour
de 80%.
L’essai Sodoma - Enquête au cœur du Vatican, de Frédéric Martel, est paru en février simultanément en huit langues et dans une vingtaine de pays. Cette enquête sur l’homosexualité a duré plus
de quatre ans, au cours desquels l’auteur-sociologue-journaliste a interrogé près de 1 500 personnes au Vatican et dans trente pays; parmi elles, on trouve 41 cardinaux, 52 évêques et monsignori,
45 nonces apostoliques et ambassadeurs étrangers, 11 gardes suisses et plus de 200 prêtres et séminaristes.
Un des prêtres interviewés a lancé à Martel : « Benvenuto a Sodoma ! » (Bienvenue à Sodome !) C’est une référence aux villes de Sodome et Gomorrhe dans la Genèse (Ancien Testament). Le viol que les habitants de Sodome projetaient avait un caractère homo-sexuel, d’où le titre Sodoma.
Martel examine la présence homosexuelle, pour ne pas dire l’omniprésence, sous quatre pontificats: Paul VI (1963-1978), Jean-Paul II (1978-2005), Benoît XVI (2005-2013) et François (depuis 2013). Il y dégage « Les 13 Règles de Sodoma » que voici :
1. Le sacerdoce a longtemps été l’échappatoire idéale pour les jeunes homosexuels. L’homosexualité est l’une des clés de leur vocation.
2. L’homosexualité s’étend à mesure que l’on s’approche du saint
des saints; il y a de plus en plus d’homosexuels lorsqu’on monte dans la hiérarchie catholique. Dans le collège cardinalice et au Vatican, le processus préférentiel est abouti: l’homosexualité devient la règle, l’hétérosexualité l’exception.
3. Plus un prélat est véhément contre les gays, plus son obsession homophobe est forte, plus il a des chances d’être insincère et sa véhémence de nous cacher quelque chose.
4. Plus un prélat est pro-gay, moins il est susceptible d’être gay; plus un prélat est homophobe, plus il y a de probabilité qu’il soit homosexuel.
5. Les rumeurs, les médisances, les règlements de comptes,
la vengeance, le harcèlement sexuel sont fréquents au saint-siège.
La question gay est l’un des ressorts principaux de ces intrigues.
6. Derrière la majorité des affaires d’abus sexuels se trouvent des prêtres et des évêques qui ont protégé les agresseurs en raison de leur propre homosexualité et par peur qu’elle puisse être révélée
en cas de scandale. La culture du secret qui était nécessaire pour maintenir le silence sur la forte prévalence de l’homosexualité dans l’Église a permis aux abus sexuels d’être cachés et aux prédateurs d’agir.
7. Les cardinaux, les évêques et les prêtres les plus gay-friendly,
et ceux qui parlent peu de la question homosexuelle, sont généralement hétérosexuels.
8. Dans la prostitution à Rome entre les prêtres et les escorts arabes, deux misères sexuelles s’accouplent: la frustration sexuelle abyssale des prêtres catholiques trouve son écho dans la contrainte de l’islam, qui rend difficile pour un jeune musulman les actes hétérosexuels hors mariage.
9. Les homophiles du Vatican évoluent généralement de la chasteté vers l’homosexualité; les homosexuels n’y font jamais le chemin
en marche arrière en redevenant homophiles.
10. Les prêtres et les théologiens homosexuels sont beaucoup plus enclins à imposer le célibat des prêtres que leurs coreligionnaires hétérosexuels. Ils sont volontaristes et très soucieux de faire respecter cette consigne de chasteté, pourtant intrinsèquement contre-nature.
11. La majorité des nonces sont homosexuels mais leur diplomatie est essentiellement homophobe. Ils dénoncent ce qu’ils sont. Quant aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres, plus ils voyagent,
plus ils deviennent suspects.
12. Les rumeurs colportées sur l’homosexualité d’un cardinal ou d’un prélat sont souvent le fait d’homosexuels, eux-mêmes dans
le placard, qui attaquent ainsi leurs opposants libéraux. Ce sont
des armes essentielles utilisées au Vatican contre les gays par
des gays.
13. Ne cherchez pas quels sont les compagnons des cardinaux et
des évêques; demandez à leurs secrétaires, leurs assistants ou leurs protégés, et à leur réaction vous connaîtrez la vérité.