Voici quelques coups de coeur au fil des derniers mois:

Michael V. Smith, Ceci est mon corps, récit auto-biographique traduit de l’anglais par Benoit Laflamme, Montréal, Éditions Triptyque, coll. Queer, 2019, 294 pages, 24,95 $.
Auteur de trois romans et de trois recueils de poésie, Michael V. Smith, 48 ans, est originaire de Cornwall. Il a obtenu son baccalauréat du Collège Glendon et une maîtrise de l’Université de la Colombie-Britannique en création littéraire. Smith est maintenant professeur à la Faculté de création et d’études critiques de cette université au campus de Kelowna.
Son tout dernier roman, My Body is Yours, vient d’être traduit sous le titre Ceci est mon corps, dans la collection Queer des Éditions Triptyque, dirigée par Pierre-Luc Landry qui définit queer comme
une attitude, un rapport décentré au monde, un esprit insaisissable que la collection souhaite incarner par la publication d’œuvres littéraires sans mention de genre, qui posent des questions aux différentes « normalités ».
Michael Smith écrit qu’il y avait tant de non-dit dans sa famille qu’il a consacré son art à tout dire. Son récit autobiographique
est une sorte de confession intime sur la manière dont la relation complexe qu’il entretient avec son propre corps a façonné la personne qu’il est devenu aujourd’hui : un genderqueer.
Tout adolescent qui découvre son homosexualité se sent confus et vit un mélange de trouble, parfois de désespoir, voire de terreur.
Le jeune Michael ne se perçoit pas comme un gars à part entière.
Il n’aime pas son corps maigrichon, mais le fait que d’autres gars
le regardent avec désir semble confirmer sa valeur. 
Être gay, note-t-il, c’est apprendre à jauger les situations et à anticiper les possibilités. À 17 ans, il découvre que le sexe avec
un gars est « un lieu sûr, un endroit où je n’étais pas seul ».
Ses baises durent six heures, trois orgasmes chacun !
« Par mon coming out, je ne voulais pas seulement avoir la liberté de faire ce qui me plaisait au lit avec qui je le souhaitais;
je voulais aussi célébrer mon identité tout entière, la personne complexe qui se cachait en moi. »
Accepter son identité homosexuelle et la célébrer en s’affirmant gay équivaut à abandonner les règles et rituels qui accompagnent le fait d’être « un homme » : on a le droit d’être tendre, doux et sensible, d’embrasser un homme sur la joue, de porter du rose ou du vernis à ongles, de pleurer au cinéma, de parler de ses peurs en public.
Smith raconte que pour combattre sa dépendance à l’alcool,
il s’est tourné vers la drague dans les parcs deux à quatre fois par semaine. « Je pouvais, en moyenne, avoir jusqu’à trois orgasmes
par nuit avec cinq hommes différents. »
Le sexe avec des inconnus devient une manière d’expérimenter et d’inventer son identité. « Le sexe anonyme me permettait d’explorer des parties de ma personnalité sans risquer d’être démasqué. »
La drague, écrit-il, est fondamentalement un exercice d’observation et de contrôle. Cela nécessite une grande sensibilité aux messages envoyés par l’autre et une excellente stratégie de maîtrise du déroulement de la gestuelle : « où se tenir, quoi toucher, quand et comment se pencher ou se relever, quels signes corporels envoyer et lesquels réprimer ».
Pour Michael Smith, il n’y a pas de différence entre du sexe chaque soir pendant quatre ans avec le même gars ou du sexe chaque soir pendant quatre a ns avec un homme différent : « la quantité de sexe est la même, qu’est-ce qu’on en a à foutre, pourvu qu’on ne prenne pas de risques ? »
L’auteur conclut que la vie de genderqueer était bien plus satisfaisante que la vie de garçon normal. « Et de toute façon,
je n’avais pas un grand talent pour la normalité. »


Collectif, Poèmes de la résistance,  sous la direction d'Andrée Lacelle, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2019, 110 pages.
Trente-sept poètes unissent leurs voix dans Poèmes de la résistance pour dénoncer « les coupes cinglantes du gouvernement Ford
et son indifférence inqualifiable face à la réalité franco-ontarienne ». Ils et elles ont répondu à l’appel d’Andrée Lacelle, jusqu’à tout récemment poète lauréate de la Ville d’Ottawa.
Dans l’introduction intitulée Dire la lumière de notre colère, Andrée Lacelle écrit que « le poème, c’est l’acte d’être au monde à part entière, au plus intime de notre vie comme au sein de notre collectivité ». Puis elle ajoute que « toute poésie est résistance
et maîtresse des lieux, car elle occupe la langue et le langage. (…) Lucide, le poème cherche à dire l’histoire de nos histoires. »
Jean Marc Dalpé ouvre la marche de cette résistance dans la première partie du recueil intitulée Cohésion en rappelant que c’est loin d’être la première fois : déportation des Acadiens, soulèvement
des Métis, crise scolaire de Sturgeon Falls, SOS Montfort. « Mais nous sommes toujours là / Aux aguets et en beau joualvère / Le Verbe effilé et l’œil vif ».
Un jeune poète, François Baril Pelletier, enchaîne pour dire que nous sommes 600 000 en marche et non en agonie ou en effritement. « Nous résistons en corps / ni la tempête ni le tremblement ne nous effraient (…) / Nous sommes levés vivants ».
Dans la deuxième partie, Sentiment, Blaise Ndala n’appelle à son secours « ni Champlain ni le champagne / ni la Vierge ni le Viagra / ma fierté est une sainte putain / qui sucera jusqu’à plus soif /
le fleuve boueux de ton mépris ».
La section suivante, Matériaux, donne la parole à Éric Charlebois, entre autres, qui devient le président du Regroupement des électriciens poètes de l’Ontario francophone et francophile,
le REPOFF. « Je suis l’ohm de la situation / l’ohmbudsman /
de la résistance électrique / et du bilinguisme en conduction ».
Sylvie Bérard souligne que les parcours de notre langue sont multiples de la 401 à la 117 à la 108. « Entre Belleville et Sault-Sainte-Marie / entre Rivière-des-Français et Chenail Écarté /
Les lieux-dits espoirs zigzaguent entre les / défenses quand ils essaient de parler / des sens tenaces / Je ne réside pas dans
le passé mais dans l’espace ».
Pierre Raphaël Pelletier ouvre la section Tenir tête, ouvre les voies d’un impérissable avenir, même au milieu des aliénations perpétrées par les autorités au pouvoir : « Nous nous insurgeons / Nous crions notre colère incendiaire / Nous refusons de nous soumettre / à ces tyrans qui veulent à la fois / posséder la planète / et assassiner nos libertés ».
Pour Hédi Bouraoui, ce n’est pas Que la lumière soit, mais que
la résistance soit ! Il faut à tout prix « Résister au Bull-Ford nous privant de notre langue / Et l’envoyer paître dans les orties des harangues ! »
La dernière section, Temps, permet notamment à David Ménard de parsemer son poème de jalons historiques et de clamer haut et fort une suite qui se laissait déjà présager : « vaincre un petit petit homme qui se prend pour un roi… / monnaie courante pour nous, habitants blancs, verts / et de toutes les couleurs ».
Le mot de la fin revient à Andrée Lacelle qui rappelle que la langue est une vigie, une bouée, une boussole, que la poésie s’évertue non seulement à rayonner mais à nous rassembler : « Déjouons novembre noir / Place à la lumière / Vive ».
Le collectif de Poèmes de la résistance comprend Angèle Bassolé, Sylvie Bérard, Jean Boisjoli, Hédi Bouraoui, Frédérique Champagne, Nicole V. Champeau, André Charlebois, Éric Charlebois, Tina Charlebois, Margaret Michèle Cook, Antoine Côté Legault, Sonia-Sophie Courdeau, Jean Marc Dalpé, Thierry Dimanche, Daniel Groleau Landry, Brigitte Haentjens, Andrée Lacelle, Gilles Lacombe, Chloé LaDuchesse, Clara Lagacé, Gilles Latour, Louis Patrick Leroux, David Ménard, Blaise Ndala, Gabriel Osson, Michel Ouellette, Catherine Parayre, François B. Pelletier, Pierre Raphaël Pelletier, Stefan Psenak, Pierrot Ross-Tremblay, Paul Ruban, Paul Savoie, Elsie Suréna, Véronique Sylvain, Michel Thérien et Lélia Young.
J’espère que ce recueil sera admissible au Prix littéraire Trillium même si certains collaborateurs résident au Québec. Il mérite aussi le Prix du Gouverneur général.


Alain Bernard Marchand, Complot à l’Unesco, roman, Montréal, Éditions Les Herbes rouges, 2019, 216 pages.
L’action de Complot à l’Unesco, le tout dernier roman d’Alain Bernard Marchand, se déroule en grande partie à Paris, siège
de l’institution onusienne du titre. L’auteur y est certainement allé plusieurs fois et a sans doute écrit son roman en (re)gardant,
près de son ordinateur, un plan détaillé de la Ville Lumière.
À Paris, « chaque coup d’œil entre en moi et devient une école
du regard. Je réapprends à regarder. »
Le narrateur est un diplômé de l’Université d’Ottawa, qui écrit les discours de l’ambassadeur canadien à l’Unesco. L’auteur, également diplômé de l’université ottavienne, a déjà écrit les discours de
la gouverneure générale Michaëlle Jean. Il sait que « frayer le passage des mots sur la page vers une bouche qui se les approprie est une expérience au-delà du réel ».
Le titre du roman parle de complot. Il faut lire jusqu’au dernier mot pour le découvrir, car Alain Bernard Marchand aime multiplier les fausses pistes, ce qui lui permet de nous décrire des personnages hauts en couleurs. « Il suffit de quelques signes pour qu’un écrivain comme un archéologue restitue des vies entières ».
Ce qui est fascinant dans ce roman, ce sont les brèves réflexions, presque lapidaires, qui en parsèment le récit. Alain Bernard Marchand écrit, par exemple, que « côtoyer (une personne) équivaut à la ré-inventer ». Ou encore que « le cœur est aussi menteur que la raison, mais plus rusé ».
À travers son narrateur, Alain Bernard Marchand réfléchit sur
les souvenirs qu’on garde en mémoire, allant jusqu’à se demander s’ils ne chevauchent pas entre réalité et fiction. « Les raconter
ne consiste pas à les rendre tels quels, mais tels que nous croyons les avoir vécus. »
Le style du roman demeure finement ciselé, les comparaison et métaphores toujours bien sculptées. Les yeux sont ceux « d’un oiseau de mer qui approche des côtes et cherche où se poser ». Quant au temps, il « est un sablier qui contient le désert ».
Il y a des propos qui ont « de quoi donner soif à un prohibitionniste, et la berlue à un rigoriste ». Sans compter
« un personnage de Dostoïevski égaré dans un roman de Tolstoï » ou une rue « aussi sombre que la prison de Socrate ».
Le narrateur, lui, est « dégourdi comme un valet de Molière,
inventif comme une fugue de Bach ».
À l’image de certains personnages, Alain Bernard Marchand est
un helléniste. Je me demande si son livre de chevet n’est pas écrit en grec ancien… Pour lui, « avancer dans une phrase et dans le monde part d’un même élan ». Il aime décrire une atmosphère
ou un milieu « inimaginable ailleurs que dans un roman ».
Complot à l’Unesco renferme plein de références à l’Histoire ancienne, de même qu’à des livres, chansons et films contemporains. Tout le roman baigne dans une culture générale aussi raffinée que transcendante.
À une exception près (poésie de jeunesse), la douzaine de livres signés par Alain Bernard Marchand a paru aux éditions Les Herbes rouges. Ce tout dernier roman à la fois policier et psychologique est doublement exécuté avec brio.


Frédéric Martel, Sodoma, enquête au cœur du Vatican, essai, Paris, Éditions Robert Laffont, 2019, 632 pages.
Il est impossible de chiffrer le nombre exact d’homosexuels
au Vatican parce qu’ils ont diverses teintes, « cinquante nuances
de gay », écrit Frédéric Martel, sociologue, journaliste et auteur
de Sodoma - Enquête au cœur du Vatican.
Le terme « homosexuel » comprend, ici, des pratiquants gays,
des inclinations homophiles, des gens dans le placard, des versatiles et des « questioning ». Selon Martel, « ils représentent la grande majorité » du personnel, au point où cela « dépasse l’entendement ». Toutes tendances confondues, ce serait autour
de 80%.
L’essai Sodoma - Enquête au cœur du Vatican, de Frédéric Martel, est paru en février simultanément en huit langues et dans une vingtaine de pays. Cette enquête sur l’homosexualité a duré plus
de quatre ans, au cours desquels l’auteur-sociologue-journaliste a interrogé près de 1 500 personnes au Vatican et dans trente pays; parmi elles, on trouve 41 cardinaux, 52 évêques et monsignori,
45 nonces apostoliques et ambassadeurs étrangers, 11 gardes suisses et plus de 200 prêtres et séminaristes.
Un des prêtres interviewés a lancé à Martel : « Benvenuto a Sodoma ! » (Bienvenue à Sodome !) C’est une référence aux villes de Sodome et Gomorrhe dans la Genèse (Ancien Testament). Le viol que les habitants de Sodome projetaient avait un caractère homo-sexuel, d’où le titre Sodoma.
Martel examine la présence homosexuelle, pour ne pas dire l’omniprésence, sous quatre pontificats: Paul VI (1963-1978), Jean-Paul II (1978-2005), Benoît XVI (2005-2013) et François (depuis 2013). Il y dégage « Les 13 Règles de Sodoma » que voici :
1. Le sacerdoce a longtemps été l’échappatoire idéale pour les jeunes homosexuels. L’homosexualité est l’une des clés de leur vocation.
2. L’homosexualité s’étend à mesure que l’on s’approche du saint
des saints; il y a de plus en plus d’homosexuels lorsqu’on monte dans la hiérarchie catholique. Dans le collège cardinalice et au Vatican, le processus préférentiel est abouti: l’homosexualité devient la règle, l’hétérosexualité l’exception.
3. Plus un prélat est véhément contre les gays, plus son obsession homophobe est forte, plus il a des chances d’être insincère et sa véhémence de nous cacher quelque chose.
4. Plus un prélat est pro-gay, moins il est susceptible d’être gay; plus un prélat est homophobe, plus il y a de probabilité qu’il soit homosexuel.
5. Les rumeurs, les médisances, les règlements de comptes,
la vengeance, le harcèlement sexuel sont fréquents au saint-siège.
La question gay est l’un des ressorts principaux de ces intrigues.
6. Derrière la majorité des affaires d’abus sexuels se trouvent des prêtres et des évêques qui ont protégé les agresseurs en raison de leur propre homosexualité et par peur qu’elle puisse être révélée
en cas de scandale. La culture du secret qui était nécessaire pour maintenir le silence sur la forte prévalence de l’homosexualité dans l’Église a permis aux abus sexuels d’être cachés et aux prédateurs d’agir.
7. Les cardinaux, les évêques et les prêtres les plus gay-friendly,
et ceux qui parlent peu de la question homosexuelle, sont généralement hétérosexuels.
8. Dans la prostitution à Rome entre les prêtres et les escorts arabes, deux misères sexuelles s’accouplent: la frustration sexuelle abyssale des prêtres catholiques trouve son écho dans la contrainte de l’islam, qui rend difficile pour un jeune musulman les actes hétérosexuels hors mariage.
9. Les homophiles du Vatican évoluent généralement de la chasteté vers l’homosexualité; les homosexuels n’y font jamais le chemin
en marche arrière en redevenant homophiles.
10. Les prêtres et les théologiens homosexuels sont beaucoup plus enclins à imposer le célibat des prêtres que leurs coreligionnaires hétérosexuels. Ils sont volontaristes et très soucieux de faire respecter cette consigne de chasteté, pourtant intrinsèquement contre-nature.
11. La majorité des nonces sont homosexuels mais leur diplomatie est essentiellement homophobe. Ils dénoncent ce qu’ils sont. Quant aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres, plus ils voyagent,
plus ils deviennent suspects.
12. Les rumeurs colportées sur l’homosexualité d’un cardinal ou d’un prélat sont souvent le fait d’homosexuels, eux-mêmes dans
le placard, qui attaquent ainsi leurs opposants libéraux. Ce sont
des armes essentielles utilisées au Vatican contre les gays par
des gays.
13. Ne cherchez pas quels sont les compagnons des cardinaux et
des évêques; demandez à leurs secrétaires, leurs assistants ou leurs protégés, et à leur réaction vous connaîtrez la vérité.


Christina Lauren, Autoboyographie, roman traduit de l’anglais par Anais Goacolou, Paris, Éditions Hugo New Way, 2018, 408 pages.
« Je suis juste un ado bi moitié juif en train de tomber amoureux
d’un mec mormon. La voie n’est pas toute tracée. » Voilà un résumé éclair du roman Autoboyographie écrit à quatre mains par Christina Hobbs et Lauren Billing qui signent en réunissant leur prénom seulement.
Le roman de Christina Lauren aborde la naissance et l’éclosion
d’un premier amour dans un contexte pour le moins inhabituel.
En raison du travail de ses parents, Tanner Scott, 18 ans, quitte
la Californie pour l’Utah où un de ses cours consiste à écrire
un roman en un semestre. En classe, le prof lui présente le tuteur Sebastian Brother, 19 ans, et c’est le coup de foudre immédiat.
Tanner est attiré vers les garçons et les filles depuis l’âge de 13 ans. Sebastian grandit auprès de « parents saints des derniers jours » ; son père est évêque de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons). Les planètes ne sont pas vraiment bien alignées.
On devine assez tôt que la relation sera parsemée d’embûches. Tanner est appuyé par sa meilleure amie Autumn et ses parents stressent non pas parce qu’il fréquente un garçon, mais plutôt un mormon. Chaque fois qu’ils en parlent, Tanner sent « cette ombre noire qui vient masquer la lumière ».
L’amour éprouvé par les deux garçons demeure en effet lumineux. Chaque fois qu’ils s’embrassent en cachette, Tanner sent une explosion, son cerveau fond, « on a été atteint par une météorite, […] chaque cellule de mon corps se glisse dans ce baiser ».
Sebastian éprouve les mêmes sentiments mais refuse de leur donner une étiquette homo. Sa pensée se résume ainsi :
« Moi, je ne suis pas gay, je ne suis pas hétéro, je suis moi. »
Quand Tanner lui dit « Tu veux amener ton mec à une activité du temple ? », il répond « Je veux t’amener, toi. ». Son identité n’a rien à voir avec le mec dans sa mire. Elle repose sur le fait qu’il soit mormon.
Les auteures signalent comment il y a plein de raisons pour que l’amour ne marche pas : la distance, l’infidélité, la fierté, la religion, l’argent, la maladie. Elles montrent aussi qu’il n’y a qu’une raison pour que ça marche : le cœur. Tanner aime dire que « l’amour ne dépend pas d’où je balade ma queue ».
L’histoire se passe à Provo, petite ville dans l’État d’Utah, là où
le jugement de l’Église pèse comme une épée de Damoclès. On ne
le mentionne pas, mais cette ville fut ainsi nommée en l’honneur d’Étienne Provost, un trappeur canadien-français arrivé dans
la région en 1825.
J’ai lu le livre dans sa traduction en langue française, celle de la France. L’argot parisien ou autre se glisse ici et là. En voici quelques exemples : « Alors, je botte en touche. Ses soupçons sont tout bénef pour moi. Je voudrais me foutre des baffes. T’as flippé ta race. »
Et les marshmallows ne sont pas des guimauves mais plutôt
des chamallows.  
À la fin du livre, on trouve quatre pages de ressources que les auteures ont aimées. Chacune « traite de l’identité LGBT d’une façon qui a résonné en nous » : livres de non-fiction et de fiction, films, sites web et groupes d’appui.
Douglas Preston et Lincoln Child, Offrande funèbre, roman traduit de l’anglais par Sebastian Danchin, Paris, Éditions de l’Archipel, 2019, 346 pages, 31,95 $.
Douglas Preston et Lincoln Child ont écrit au moins 24 romans ensemble, dont 18 mettant en scène le coloré inspecteur du FBI Aloysius Pendergast. Leur plus récent épisode, Offrande funèbre, porte sur un tueur en série de Miami, qui dépose le cœur de ses victimes féminines sur la tombe de femmes qui se sont soi-disant suicidées.
Homme svelte aux cheveux d’un blond presque blanc, doté
d’un regard bleu de glace impénétrable, Aloysius Pendergast est toujours tiré à quatre épingles. Au fil du récit, on apprend que
cet excentrique est d’un caractère taciturne, d’une courtoisie exemplaire, mais aussi « une bombe à retardement ».
Son patron l’a à l’œil et lui impose un coéquipier dans l’enquête : Armstrong Coldmoon, froid comme son nom, raide comme la justice. Il est là pour espionner l’inspecteur iconoclaste dont les méthodes violent à peu près tous les principes établis du FBI. Pour Pendergast, « l’insubordination est non seulement une nécessité dans la vie,
elle est même parfois grisante ».
La population de Miami est décrite comme un assortiment
bigarré de hipsters, de punks, de cybergoths, de surfeurs, de losers,
de toxicos, de poseurs et autres sous-spécimens réunis dans
un même brouet humain. Pourquoi le FBI intervient-il si le tueur en série sévit à Miami seulement? Parce que les soi-disant suicides ont eu lieu en dehors de l’État de Floride.
Cœur-Brisé tue, extrait le cœur de sa victime, s’enfuit incognito,
se dirige vers un cimetière et laisse toujours une lettre agrémentée d’une citation littéraire. Shakespeare, T. S. Eliot, Christopher Marlowe. Cela n’échappe pas à Pendergast, homme d’une grande culture.
Il est aussi un homme pratique qui sait très bien que bien
des domaines essentiels ne sont pas enseignés pas dans les écoles
de police. Savoir couvrir son cul est de loin le plus important.
Avec l’aide d’une médecin légiste, Pendergast découvre que
les femmes enterrées ne se sont pas suicidées, contrairement à
ce que les rapports de police indiquaient. Des liens entre leur passé aiguilleront Pendergast et Coldmoon sur la piste de M. Cœur-Brisé,
à un risque et péril élevés….