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Photo : Luis Verissimo

MENU DES TITRES RECENSÉS
DEPUIS NOVEMBRE 2020

50 pays du monde, atlas de Ben Handicott et Kayla Ryan :
3 avril 2021
1000 pages pour ne plus vous ennuyer aux WC, tome 2, compilation d'Annie Pastor :
21 février 2021
À l’Hôtel des Pays d’en haut, roman de Maryse Rouy : 21 décembre 2020
Abeilles, une histoire naturelle, essai de Noah Wilson-Rich :
2 avril 2021
Acadissima, roman de Jean-Louis Grosmaire : 7 mars 2021
Adam, roman Samuel Champagne : 6 janvier 2021
À table en Nouvelle-France, essai d'Yvon Desloges : 12 décembre 2020
Bêtement amusants, contes de Catherine Lavallée : 11 février 2021
Bienvenue à Gomorrhe, roman de Tom Chatfield : 4 mars 2021
Chasseur au harpon. Un long récit de Markoosie, roman de Markoosie Patsauq : 21 mars 2021
Cruelles, nouvelles d'un collectif sous la direction de Fanie Demeule et Krystel Bertrand : 10 décembre 2020
Dans le secret des voûtes, tome 1, « Le trésor des augustines »,  roman de Josée Ouimet :
25 mars 2021
Dans le ventre du Congo, roman
de Blaise Ndala : 14 février 2021
Dans les pas d’une poupée suspendue, roman de Frédérick Durant : 22 février 2021
Entre solitudes et réjouissances. Les francophones et les fêtes nationales (1834-1982), essai sous la direction de Joel Belliveau et Marcel Martel : 9 avril 2021
Fake news, le vrai, le faux et
la science
, essai de 
Jean-François Cliche : 28 novembre 2020
Fif et sauvage, poésie de Shayne Michael : 9 mars 2021
Happy Family, nouvelles de Kathleen Collins : 10 avril 2021
Histoire populaire de l’amour au Québec, tome II, 1760-1860, essai de Jean-Sébastien Marsan :
2 décembre 2020
Incendie nocturne, roman de Michael Connelly : 3 décembre 2020
James, roman de Samuel Champagne : 14 décembre 2020
La morve au nez, album d'Orbie : 26 mars 2021
La Pension Caron, tome 1, Mademoiselle Précile, roman de  Jean-Pierre Charland :
23 décembre 2020
La Pension Caron, tome 2,
Des femmes déchues, roman de 
Jean-Pierre Charland :
22 décembre 2020
La Pension Caron, tome 3, Grands drames, petits bonheurs, roman de Jean-Pierre Charland : 16 mars 2021
La Vie avant tout, tome 2, En pleine action, roman de Michel Langlois : 21 novembre 2020
L’échéance, roman, de Raymond Cloutier : 19 mars 2021
L’Érable et la perdrix. L’histoire culinaire du Québec à travers
ses aliments
, essai d'
Elisabeth Cardin et Michel Lambert :
4 avril 2021
Le Canadien, bande dessinée de Body Ngoy : 8 décembre 2020
Le Chaînon, 25 Étoiles du Nord :
5 janvier 2021
Le guide du zizi sexuel, de  Zep et Hélène Bruller : 29 novembre 2020
Le jour où je suis mort,
et les suivants
, roman de 
Sandrine Beau : 14 janvier 2021
Le Larousse des premières découvertes, album d'Agnès Besson et Séverine Cordier : 8 mars
Le malaimant, roman de Michèle Vinet : 10 février 2021
Le musée des femmes assassinées, roman de Maria Hummel :
15 février 2021
Le prix de la vengeance, nouvelles de Don Wislow : 9 décembre 2020 
Les carnets de l’underground,
récit de 
Gabriel Cholette :
13 janvier 2021
Les derniers romantiques, roman de Tara Conklin : 2 mars 2021
Les grands écrivains du Canada. Les lauréats des Prix littéraires du GG, compilation de Andrew David Irvine : 8 avril 2021
Les Grossièretés de Jacques Cartier, roman de Camille Bouchard : 20 mars 2021
Les oubliés, roman de John
Grisham : 24 mars 2021
L’horoscope, album de François Blais et Valérie Boivin : 3 février 2021
L’ombre de Rosa, roman de Fernande Chouinard : 20 février 2021
Meurtre à Kingfisher Hill, roman de Sophie Hannah : 22 novembre 2020
Né coupable, récit de Florence Cadier : 17 mars 2021
Niagara… la voie qui y mène,
essai de 
Nicole V. Champeau :
12 septembre 2020
Petits géants, récit de Pier
Courville : 23 novembre 2020
Pollution plastique, documentaire d'Andrée Poulin : 15 mars 2021
Raoul, tu me caches quelque chose, roman de Claire Ménard-Roussy : 4 janvier 2021
Simples déductions, un roman court et onze nouvelles de Lee Child : 13 décembre 2020
SurNaturelles, les merveilles
de notre planète
, album de 
Yann Lachance et Hugues Piolet :
4 décembre 2020
Tango, nouvelles de Daniel Castillo Durante : 30 novembre 2020
Téléroman, roman de Christine Lamer  12 février 2021
Tiriganiak, docteure au Nunavut, roman de Gilles Dubois : 12 janvier 2021
Tout va bien, roman de Nina LaCour : 3 mars 2021
Trouve-moi, roman d'André Aciman : 4 février 2021
Voyage au bout de l’exil, roman
de Simonne Dubé : 5 février 2021
Zahra, roman de Soufiane Chakkouche : 16 février 2021

Bienvenue sur le site jaipourmonlire.ca !

Vous y trouverez surtout des recensions de livres franco-canadiens, québécois
et français, parfois des traductions d'ouvrages américains, britanniques., suédois ou islandais. À moins d'indication contraire, les articles sont rédigés par
le critique littéraire Paul-François Sylvestre (photo ci-contre).
La cinquantaine de titres recensés depuis la fin novembre 2020 figure dans
l
a colonne de gauche; ils sont présentés en ordre alphabétique, avec la date
de publication.
Sur la page J'AI LU POUR VOUS, les recensions apparaissent de
la plus récente jusqu'à la plus ancienne mise en ligne. La troisième page
présente quelques COUPS DE COEUR au fil des mois. Bonne lecture !

COUP DE COEUR DE MARS2021

Jean-Louis Grosmaire, Acadissima,
roman, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa,

L'auteur jette un savant éclairage sur la contribution
des soldats canadiens durant la Première Guerre mondiale
et sur un bataillon acadien.
Voir recension du 7 mars 2021.

Les auteurs afro-canadiens
dans la littérature canadienne

par Guy Bélizaire

Aujourd’hui, à l’instar de la population canadienne, la francophonie ontarienne est plus que jamais diversifiée. Elle est formée de gens venus des quatre coins du globe pour l’enrichir. Parmi eux, on peut, sans conteste, citer les écrivains afro-canadiens, qui par leur présence, leur imaginaire et la qualité de leurs œuvres, insufflent
un nouveau dynamisme aux enjeux identitaires et linguistiques
de cette collectivité. Pour mieux comprendre leur pensée et leur situation, allons à la rencontre de deux auteurs incontournables qui, depuis une vingtaine d’années, occupent le paysage littéraire franco-ontarien. Il s’agit de Melchior Mbonimpa et Didier Leclair.

Pourquoi écrire? La littérature, on le sait, possède des pouvoirs magiques.
Entre autres, elle ensorcèle, instruit, charme, fait rêver, rapproche et informe. Didier Leclair déclare aborder l’écriture dans le sens le plus noble, avant l’art pour l’art, avant la distraction. «J’écris sur des questions de société qui me préoccupent. Pour répondre à une urgence de dire. J’écris pour dénoncer, mais aussi pour donner de l’espoir», ajoute-t-il. Quant à Melchior Mbonimpa, il affirme puiser son inspiration de ses origines et de ses traumatismes. «J’écris pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ne sont plus là, pour surmonter la honte d’être encore vivant alors qu’ils ont été massacrés. J’écris
pour témoigner.» D’entrée de jeu, on se rend compte du sérieux avec lequel
ces deux auteurs considèrent leur travail.
Melchior Mbonimpa ci-dessus et Didier Leclair ci-dessous.
Bien que les mots employés soient comparables à ceux qui pourraient sortir
de la bouche d’autres écrivains, chez ces deux Franco-Ontariens, ils reflètent
un aspect particulier, propre à leur condition doublement minoritaire, c’est-à-dire, Noirs et francophones en Ontario, situation qui malheureusement entraîne son lot de défis. Selon Melchior Mbonimpa, le milieu littéraire canadien ignore les auteurs français de l’Ontario et plus encore les écrivains afro-canadiens.
Il reconnaît cependant qu’au niveau de la province, on admet volontiers l’apport de ces derniers dans le renouvellement des thèmes de la littérature franco-ontarienne. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, avance Didier Leclair: «tous
les Afro-Canadiens font face au même dilemme, soit, une nécessité de travail continu, une obligation de faire plus pour affirmer leur singularité.» Selon lui, chez les écrivains afro-canadiens, le sentiment de solitude est doublement plus fort, d’abord du fait qu’ils sont Noirs et ensuite parce qu’ils sont d’expression française dans une marée d’anglophones. Ils se battent donc sur deux fronts
en même temps.
C’est connu, le monde littéraire n’est pas un monde facile et ceci est encore
plus vrai quand on ne fait pas partie de la majorité. Ce point est éloquemment formulé par Didier Leclair «Nous faisons face à une sorte de déni. On nous regarde parfois en chien de faïence. Pris entre les deux solitudes, on nous tend
la main, mais pas complètement. C’est comme si, en tant que francophones,
nous devons automatiquement évoluer au Québec, alors que dans l’imaginaire québécois, nous n’existons pas.» S’il ne parle pas de solitude, Melchior Mbonimpa reconnaît que pour apprivoiser le milieu et construire un réseau de contacts,
les débuts sont en général plus pénibles pour un écrivain noir. Et à cela, dit-il,
il faut ajouter un autre défi auquel tous les auteurs doivent faire face, et qui peut être plus dommageable pour les Afro-Canadiens. Il s’agit des conditions dans lesquels évoluent les maisons d’édition, c’est-à-dire dépendantes des subventions et obligées de respecter des quotas.
Les commentaires formulés ne le sont que dans le but d’améliorer les choses,
de faire en sorte que la littérature franco-ontarienne connaisse un avenir à
la hauteur de ses capacités et des talents de ceux et celles qui la font. Ces deux romanciers croient fermement au pouvoir de la littérature, au fait qu’elle soit
un des moyens à privilégier dans l’édification d’un monde plus inclusif, dans
la construction d’une société plus juste. S’ils admettent évoluer dans un contexte souvent difficile, ils sont d’avis que la situation n’est quand même pas tragique
et peut être aisément corrigée avec un peu de bonne volonté. Et puis, il existe aussi un côté positif dans la condition minoritaire et il réside dans l’imaginaire, les préoccupations et les thèmes abordés par les écrivains afro-canadiens.
«Mon imaginaire c’est l’Afrique, explique Melchior Mbonimpa, un jardin particulier dans lequel je plante quelque chose d’unique. Au début, j’avais peur que mes histoires soient rejetées, mais j’avais tort. Les lecteurs et lectrices sont curieux, ils veulent voyager. D’ailleurs, la majorité de ceux et celles qui me lisent ne sont pas des Africains.» Didier Leclair abonde dans le même sens. Il précise qu’il y a un créneau littéraire que seuls les écrivains afro-canadiens peuvent exploiter. Pas parce qu’ils sont meilleurs, mais parce qu’ils sont les seuls à vivre certaines expériences, à ressentir certaines frustrations. De ce fait, ajoute-t-il,
« on trouve très peu de répétition dans nos écrits. Nos œuvres ne se comparent pas à d’autres. Nous remplissons un vide.» Et ce vide, faut-il le souligner, est
à l’avantage non seulement de ces romanciers, mais aussi du paysage culturel franco-ontarien et il ne peut que bénéficier à la littérature en général, un art somme toute universel.
La littérature est une façon de combattre les maux par des mots. Elle est lumière, réflexion, voyage, rêve, espoir. L’écrivain est alors un soldat, armé de sa plume, avec ses mots pour projectiles et son imagination comme général. C’est donc
un être engagé. «Nous sommes engagés malgré nous, dit Didier Leclair et c’est
dû au fait que nous vivons des expériences difficiles que les autres ne vivent pas.» Pour Melchior Mbonimpa, l’engagement va de soi. Il se dit engagé tant envers l’Afrique que le Canada. Il sent le besoin de prendre position, comme écrivain, mais aussi comme citoyen. De plus, ajoute-t-il, « quand les auteurs noirs réussissent à être publiés et lus, ils sont davantage compris et acceptés.
Leur lectorat les voit sous un aspect nouveau et cela joue un rôle positif dans
la cohésion communautaire et sociale, car plus on connaît l’autre, plus on l’accepte avec sympathie.»
Bien qu'on l'ait qualifiée de minoritaire, la littérature franco-ontarienne a évolué pour devenir une littérature postmoderne. Aujourd’hui, fortifiée par tous ceux
et celles qui la font, de toutes ces voix multiples qui la façonnent, de tous ces imaginaires distincts qui l’enrichissent, il y a lieu de croire que son avenir sera florissant. Sur ce point, les deux écrivains sont optimistes malgré certaines réserves que Melchior Mbonimpa exprime en ces termes: «le domaine littéraire est un domaine précaire, dépendant en grande partie de subventions. Si un jour celles-ci venaient à manquer, eh bien, la littérature sera en déclin et les auteurs afro-canadiens risquent d’être les plus affectés.» Didier Leclair lui, formule ainsi sa circonspection: «la littérature franco-ontarienne est appelée à rayonner, néanmoins, il y a de fortes chances que ce soit davantage à l’extérieur du Canada. Pourquoi? Tout simplement parce que c’est l’enfant pauvre du monde littéraire canadien; les francophones se tournent vers le Québec et le Québec pense d’abord aux Québécois. De ce fait, on néglige ce joyau que représente
cet archipel qu’est la littérature française hors Québec.»
Le monde bouge, des barrières tombent, des frontières disparaissent, des esprits s’ouvrent. Malgré la présence des côtés sombres de l’humain, on assiste à l’émergence d’une certaine conscience collective qui se répand aussi dans
la sphère littéraire. Il serait important de la propager davantage, et pour cela,
la contribution de tous les protagonistes est nécessaire. C’est à cette seule condition que tous les imaginaires, ceux d’ici et ceux venant d’autres horizons, finiront par s’unir pour former l’arbre immortel de la littérature française en Amérique.
Ainsi, on aurait tort de ne pas tenir compte des propos avancés par ces deux hommes de lettres, propos qui nous révèlent un point de vue rarement entendu. Malgré certaines critiques, ils nous disent qu’en fin de compte, l’important, c’est
la littérature et les émotions qu’elle suscite. Et Dieu sait que de nos jours, nous avons besoin de rêves, d’évasion, d’espoir, ne serait-ce que quelques heures,
le temps d’une lecture, pour nous fortifier et pour lutter contre l’isolement causé par ce mal invisible qui sévit actuellement.
Source : Participe présent, bulletin de l’Association des auteurs et auteures de l’Ontario français, numéro 81, printemps 2021, pages 10-11.